Les travailleurs palestiniens méritent la dignité, des droits et un avenir – et non l’humiliation et la peur

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« Au cours de ma visite en Palestine », du 12 au 15 octobre 2026, écrit Luc Triangle, secrétaire général de la CSI, « j’ai été témoin des intimidations et des humiliations endurées au quotidien par la population palestinienne ».

 Ce que j’ai vu a renforcé ma conviction que la situation actuelle n’apportera de solution ni aux Palestiniens ni aux Israéliens. Il s’élève toutefois, de part et d’autre, des voix progressistes, notamment syndicales, prêtes à relancer le dialogue dans le cadre d’un large mouvement pour la paix. La CSI est déterminée à les soutenir. »

Une réalité quotidienne oppressante

950. C’est le nombre estimé de postes de contrôle en Cisjordanie. Lorsque vous vous rendez au travail, à l’hôpital ou que vous essayez simplement de rentrer chez vous, vous ne savez jamais quand vous arriverez. La justification avancée par les Israéliens est que tout cela est fait pour des raisons de sécurité, mais ce que j’ai vu n’avait rien à voir avec la protection. À un moment donné, alors que nous avions déjà passé un long moment dans la file d’attente, un soldat israélien s’est contenté de nous fixer du regard pendant 15 minutes, tandis que la file s’étirait sur des kilomètres derrière nous. Ce que j’ai vu, c’était du harcèlement, de l’intimidation et de l’humiliation. Pour les trois millions de Palestiniennes et Palestiniens qui vivent en Cisjordanie, cette expérience n’a rien d’exceptionnel. Elle fait partie de leur quotidien.

Pendant notre mission, l’armée israélienne a perquisitionné les locaux d’une organisation de femmes et d’une association de défense des droits humains à Ramallah, ainsi qu’un hôpital. Ce type d’intervention est devenu une pratique courante, souvent menée avec peu ou pas de justification réelle, mais qui ne cesse de fomenter un climat d’insécurité et de peur.

À la suite de ma précédente visite en Palestine en 2024, je me suis cette fois-ci davantage concentré sur la situation économique et sociale insupportable dans laquelle la population, les travailleuses et travailleurs et les entreprises luttent pour survivre.

Les travailleurs menacés

La CSI a déjà rendu compte de mes rencontres avec les travailleurs palestiniens des secteurs du tourisme et de l’agriculture, des accords que nous avons signés et de l’ampleur de la crise économique à laquelle ils se trouvent confrontés.

Chez « Nakheel Palestine » à Jéricho, l’un des plus grands producteurs de dattes de Palestine, on m’a expliqué à quel point il est difficile de maintenir une entreprise à flot face aux restrictions, aux attaques violentes contre leurs vergers et au fait que les travailleurs se voient empêcher d’accéder à leur lieu de travail.

Chez NAPCO (National Aluminium & Profile Company), dont le siège se trouve à Naplouse, on m’a expliqué que malgré un investissement de 20 millions de dollars dans une nouvelle ligne de production qui permettrait de créer 260 nouveaux emplois, celle-ci ne peut pas être mise en service. Les ingénieurs étrangers nécessaires au démarrage de la production se voient, en effet, refuser l’accès à la Cisjordanie par leur propre entreprise, et ce pour des motifs d’assurances et de sécurité. Dans le même temps, les travailleurs palestiniens n’ont d’autre choix que d’essayer de maintenir leur activité et de subvenir à leurs besoins grâce aux lignes de production existantes.

Des représentants de la Chambre de commerce palestinienne m’ont également confirmé qu’il est extrêmement difficile d’exercer une activité en Palestine.

Dans ce contexte, il était encourageant de constater que l’action syndicale se poursuit. Chez NEDCO, l’entreprise de distribution d’électricité du Nord, située à Naplouse, j’ai assisté à la signature d’une nouvelle convention collective entre le syndicat PGFTU et l’employeur. Cela a constitué un rappel important que la négociation collective et le dialogue social pouvaient encore être source de progrès, même dans les conditions les plus difficiles.

La démocratie et la dignité ne peuvent pas attendre

À Gaza, la situation dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Une conversation en ligne avec des représentants de la PGFTU sur place m’a permis d’en apprendre davantage sur la situation humanitaire catastrophique. À l’heure où le taux de chômage approche 80 %, la priorité quotidienne pour la population de Gaza est tout simplement de survivre. Le travail des enfants, qui touche particulièrement les orphelins désormais nombreux, est une réalité quotidienne et bien visible.

Aucun enfant ne devrait être contraint de travailler pour survivre. Aucun travailleur ne devrait être privé de la possibilité de gagner décemment sa vie. Et aucune société ne peut bâtir un avenir durable dans de telles conditions. Il n’était donc guère surprenant que, lors de ma visite, il ait été annoncé que les élections prévues en Palestine seraient repoussées à la fin de l’année 2027.

Après deux décennies sans élections nationales, il est évident que ce scrutin doit avoir lieu. Les élections sont un pilier fondamental de la construction d’un avenir meilleur, indépendant et démocratique pour tous les Palestiniens.

Il est, toutefois, essentiel qu’un scrutin libre, sûr et démocratique soit organisé simultanément en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-Est. De plus, un certain nombre de conditions doivent être réunies pour garantir à chaque électeur palestinien un cadre électoral libre et sûr. Or, ces conditions sont actuellement impossibles à remplir en raison des postes de contrôle, des intimidations et des violences perpétrées principalement, mais pas exclusivement, par les colons.

Pour aggraver encore la situation, on m’a fait part du sous-financement délibéré de l’Autorité nationale palestinienne (AP), chargée de gouverner la Palestine. Une part importante de ses recettes provient de ce que l’on appelle les « recettes fiscales israéliennes ».

En vertu du Protocole de Paris de 1994, Israël perçoit des droits de douane, des taxes sur la valeur ajoutée et des taxes à l’importation sur les marchandises destinées aux territoires palestiniens, fonds qu’il est censé transférer mensuellement à l’Autorité nationale palestinienne. Or, la retenue systématique de ces fonds empêche l’Autorité palestinienne de mettre en place et de financer des politiques efficaces pour la Palestine. Une fois de plus, ce sont les citoyens ordinaires et les travailleurs qui en font les frais.

J’ai abordé tous ces sujets avec le Premier ministre palestinien, Mohammed Mustafa, ainsi qu’avec plusieurs ministres du gouvernement. J’ai également eu des rencontres avec des gouverneurs et des maires, qui m’ont tous fait part de la situation difficile qui règne en Cisjordanie.

L’expansion doit cesser

Ce qui m’a le plus frappé, par rapport à ma visite de 2024, c’est l’expansion rapide des colonies illégales. Cela commence souvent par quelques conteneurs, suivis rapidement par d’autres, puis par la construction de maisons, l’installation de clôtures, d’une nouvelle route et d’un nouveau poste de contrôle.

L’expansion des colonies illégales doit cesser. Conjuguée à l’expansion de l’activité industrielle et aux entreprises qui fournissent des emplois à ces colons, cette situation réduit les chances d’une solution à deux États.

J’ai toutefois pu voir de mes propres yeux que ce processus de colonisation prend de plus en plus d’ampleur. Entre Bethléem et Ramallah, nous avons traversé la zone du projet E1, un chantier qui couperait la Cisjordanie en deux, rendant ainsi totalement impossible toute solution politique à deux États.

Les syndicats, moteurs de la paix

Cette visite a renforcé une conviction fondamentale : la situation actuelle ne peut conduire à un avenir durable et pacifique, ni pour les Palestiniens, ni pour les Israéliens. Heureusement, des voix progressistes s’élèvent tant en Israël qu’en Palestine, portées, elles, par la conviction qu’un autre avenir est possible. Des personnes qui croient au dialogue, à la reconnaissance mutuelle, à la justice et à la coexistence pacifique.

Les syndicats ont un rôle crucial à jouer pour rassembler ces voix. Les syndicats savent comment construire la paix, même au milieu des situations les plus difficiles. La CSI œuvrera en ce sens aux côtés de ses organisations membres en Israël et en Palestine.

Nous ne pouvons pas permettre que la réalité actuelle détermine l’avenir.

La paix doit signifier bien plus que la fin de la violence. Elle doit être synonyme de liberté, de démocratie, de travail décent, de justice sociale et de dignité pour toutes et tous.

C’est là l’avenir que méritent les travailleuses et travailleurs palestiniens et israéliens. Et c’est un avenir que les syndicats, aux côtés de toutes celles et tous ceux qui œuvrent pour la justice et la paix, doivent aider à construire.

Car la dignité n’est pas un privilège. La paix n’est pas un luxe. Et l’espoir ne devrait jamais devenir la victime d’un conflit sans fin.

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